Les standards d’eau : mythe et réalité

Les standards d’eau : mythe et réalité

Lorsque l’on considère les normes et standards qui touchent l’eau purifiée ou de procédé, on peut avoir l’impression d’en retrouver autant que  de marques de voitures chez un marchand d’occasion! Pas facile de savoir où regarder ou de savoir quels standards doivent être observés pour une application spécifique.

 Essayons d’apporter un peu de lumière sur ce sujet.

 Il convient d’abord de comprendre la distinction entre « norme » et « standard ». Le site du Centre national des ressources textuelles et lexicales (WWW.CNRTL.FR) définit la norme comme un « état habituel, régulier, conforme à la majorité des cas » et le standard y est identifié comme un « élément de référence, règle fixée pour définir ou évaluer un produit ».  Ces définitions laissent peu de place à ambiguïté quant à la différence entre les deux notions mais penchons-nous un peu plus sur le terme « standard » et ses implications.

 Pourquoi autant de confusion?

 Il existe plusieurs standards, chacun ayant été créé dans un but et pour une application précise. La confusion s’installe lorsqu’un standard créé pour une situation donnée est récupéré et  appliqué à une autre.  Les cartes se mêlent et on y voit plus clair.

 Dans le domaine de l’eau de procédé, les plus connus sont le American Society of Testing and Materials (ASTM), le College of American Pathologists (CAP) et le United States Pharmaceopeia (USP).  Ces derniers ne touchent pas uniquement la qualité d’eau mais incluent aussi un volet de qualité d’eau à même l’ensemble des standards émis.  Par exemple, la norme ASTM est fort probablement un des «codes» de standards les plus variés, touchant entre autres choses la nomenclature des métaux et diverses méthodes de fabrication. L’eau n’est en réalité qu’un petit chapitre parmi tant d’autres dans un « grand livre » et ceci est également vrai pour de nombreux autres ensembles de standards bien connus.

En travaillant sur divers projets et devis, il nous arrive souvent de croiser le National Commitee for Clinical and Laboratory Standards (NCCLS) qui est parmi les plus référencés dans le domaine de l’eau purifiée.  Depuis son démantèlement en 2008 cependant, ce standard n’a plus de force sinon celle des nostalgiques. L’entité NCCLS a été remplacée le Clinical Laboratory and Standards Institute (CLSI) qui a complètement éliminé le standard NCCLS et l’a vastement généralisé, à un point tel que le standard CLSI n’est plus considéré.

 Voici un survol des corps de standards les plus utilisés dans le domaine de l’eau purifiée :

 APPLICATIONS INSTITUTIONNELLES

  •  ASTM:  Offre quatre grades distincts pour l’eau, soit les types I, II, III et IV, qui touchent l’aspect minéralogique de l’eau (sels dissous) et 3 catégories microbiologiques, soit les classifications A, B et C.  Le standard ASTM est l’un des plus versatiles dans le domaine de la purification d’eau en contexte institutionnel.
  •   CAP:  L’un des plus faciles à utiliser et à appliquer dans le domaine institutionnel élargi, ce standard présente trois classifications, soit les grades I, II et III.  Chacun représentant un élément différent à contrôler. Il ne nous permet pas cependant de scinder le contenu minéralogique et le contenu microbiologique pour le traitement à prévoir.

SCIENCES DE LA VIE ET MÉDICALE

  •  CSA (Canadian Standards Association) :  Traite la plupart des applications d’eau à contexte médical de façon très générale et le domaine institutionnel de façon complémentaire en touchant notamment la stérilisation et les laboratoires. Cette norme est cependant plus pointilleuse en ce qui concerne les protocoles et les traitements d’eau à prévoir pour toute application concernant les appareils médicaux (par exemple les spécifications d’eau entrant dans les traitements en hémodialyse et la stérilisation des instruments médicaux).  Bien que ce standard soit particulièrement bien défini, il ne s’applique pas à l’ensemble des traitements d’eau (les standards de la CSA découlent souvent des standards publiés par l’organisme Association for the Advancement of Medical Instrumentation (AAMI)).
  •  USP:  Corps de réglementations qui veille au grain dans le domaine de la production pharmaceutique. Ces réglementations comprennent le standard WFI (Water for Injection) qui est l’un des plus sévères quant au contenu microbiologique de l’eau pour la fabrication des éléments pharmaceutique. Seul le standard ASTM E1.1 (conçu pour la fabrication de semi-conducteurs) est plus sévère.

PROJETS INDUSTRIELS

  • ASTM :  Puisque les procédés industriels sont très segmentés, et souvent la propriété de leurs exécutants, la vaste majorité des applications d’eau traitée dans le domaine industriel doivent être réalisés en conformité avec le corps de réglementation ASTM. Tel que mentionné plus haut, c’est l’un des standards les plus sévères en ce qui a trait à la constitution physico-chimique et microbiologique de l’eau (ex. : la norme ASTM E1.1 qui gère la qualité d’eau entrant dans la fabrication de composantes électroniques).  Chaque application industrielle étant différente, cependant, la grande majorité des cas ne nécessite qu’un traitement du coté minéralogique de l’eau, soit la conductivité.

 Avant de conclure, j’aimerais parler de deux standards qui s’adressent aux applications institutionnelles.

 Nous tenons à mentionner deux standards à contexte institutionnel qui sont présentement considérés comme des lignes directrices mais qui pourraient, à court ou moyen terme, devenir des standards fermes en vigueur. Tous deux possèdent des caractéristiques qui viendront complètement réorganiser les standards et les bonnes pratiques dans le domaine du traitement d’eau institutionnel et plus précisément dans l’application de l’eau purifiée utilisée en stérilisation.

 TIR-34 et HTM 2030/HTM 01, conçus principalement pour la stérilisation, ont des objectifs très clairs au chapitre des endotoxines permises dans les réseaux d’eau purifiée. Produites par les micro-organismes présents dans l’eau, ces toxines pourraient potentiellement causer la mort d’un être humain si celles-ci se retrouvent dans le corps d’un individu. Le traitement d’eau régi par l’un de ces standards sera appelé à intégrer des équipements très performants jusqu’à ce jour réservés pour des applications industrielles hautement critiques.   C’est un dossier à suivre…

Pour de plus amples renseignements sur ces standards ainsi que plusieurs autres, voir :

www.iso.org;

www.cdc.gov;

www.inspq.qc.ca;

www.clsi.org;

www.astm.org;

www.cap.org;

www.usp.org;

Pour toute question ou assistance sur un projet en cours ou au stade du design, n’hésitez  pas à nous contacter. Il nous fera grand plaisir de vous épauler.

Richard Bourdeau

Richard Bourdeau, Consultant et Chef de division

À l’origine de la conception de l’un des projets les plus imposant dans le domaine de la purification d’eau de procédé (en soutien à Teknika-HBA), soit le Centre de Recherche C2MI à Bromont (un projet partenariat avec IBM, Dalsa, et l’Université de Sherbrooke, M. Bourdeau a su développer son expertise dans le domaine de la purification d’eau de procédé industriel et clinique pour les projets de taille. Diplômé en Génie Industriel (AEC) depuis 1997, M. Bourdeau possède les qualifications et l’expertise nécessaire afin de bien soutenir les clients dans leurs démarches de design de solutions et d’acquisition de systèmes d’eau.